• Richesse intérieure

    Je ne suis pas très riche et je n'ai pas beaucoup de relations
    Mais j'ai des souvenirs et des émotions

    ce concert de Mozart qu'une radio cassette diffusait pendant que nous roulions dans le désert marocain
    le petit bureau de mon Grand Père où je pouvais entrer le matin sans frapper
    les mailles argentées de l'épuisette dans l'herbe haute
    les lumières qui se rapprochaient sur la piste d'atterrissage et cette ultime sensation que le Pays m'attendait depuis longtemps  ainsi allumé
    la joyeuse appréhension de la première vague qui touchait les orteils
    le bon sommeil constellé de menthes et de grillons
    le murmure de la fontaine en bas de l'escalier de pierre
    la saveur de l'orange me surprenant toujours dans la mie du gâteau
    le soleil des meubles cirés qui me faisait pressentir combien le printemps était proche
    la fraîcheur de la maison de Lorraine et son odeur de pomme mûre quand la porte du couloir s'ouvrait

    Lorsque je songe la nuit que "je n'ai pas réussi ma vie" 
    mon coeur me montre en guise de réponse
    toutes ses photographies
    et je me dis que j'ai réussi
    à vivre

    Geraldine 

  • La joie d'aujourd'hui

    Je suis joyeuse
    et tant pis
    si ma joie
    d'aujourd'hui
    cause
    ma tristesse
    de demain
    tant pis
    si l'éclat
    de mon rire
    annonce
    des jours
    de pluie
    les roses
    fleurissent
    aussi
    parce qu'elles doivent
    mourir

    Geraldine

  • Une vie d'écriture

    Qu'importe ce que tu vis
    chaque jour
    il te faut continuer à écrire
    pas à pas
    page après page
    poursuivre le grand livre
    car vivre te permet d'écrire
    écrire te permet de vivre
    et de voir le Jour
    sous un autre jour

    Geraldine

  • Ecris pour tous les mots

    Ecris 
    pour tous les mots
    qui n'ont pas été dits

    pour le secret resté au bord des lèvres
    pour la lettre qui arriva trop tard
    pour la demande sans réponse
    pour l'adieu qui aurait été nécessaire à la guérison
    pour la nouvelle perdue en chemin
    pour la vérité entravée assassinée
    pour la déclaration d'amour enfermée à double tour dans la nuit du coeur
    pour le rendez-vous manqué entre la voix et le regard
    pour le discours qui aurait pu infléchir le destin
    pour la phrase inachevée à jamais suspendue entre désir et désespoir

    Ecris 
    pour donner un visage
    à tous ces mots
    que le monde
    ne rencontre pas

    Geraldine 

  • Solstice d'été

    regard, decouverte, foi, espoir, quete, inspirationLe temps est si beau parfois
    que tu ne sais plus
    si tu regardes la lumière
    ou si la lumière te regarde

    Geraldine

  • Petit déjeuner

    Lorsque tes mains me tendent

    la corbeille
    de tartines rondes
    sur lesquelles
    coule
    le miel
    du Jour

    il me semble
    que tu m'offres
    l'éveil
    du monde

    Geraldine

  • Le regard du poème

    Ecrire de la poésie, c'est découvrir l'amour inconditionnel.
    Un mot est là, qui nous déplaît; on voudrait le changer, le remplacer par un synonyme plus éclatant, moins banal, car ce mot nous paraît trop simple; mais c'est ainsi, même si on le barre, il revient car la nouvelle version du poème est moins émouvante que l'ancienne.
    Le poème refuse de se laisser corriger pour satisfaire notre ego.
    On ne peut retoucher certains traits d'un portrait sans en effacer définitivement le naturel.
    Le poème est un visage qui nous regarde tels que nous sommes et qui nous dit:
    Regardez-moi!
    Regardez ce que je suis pour vous!
    Regardez qui vous êtes à travers moi!

    Geraldine

  • Sans titre

    Tu ne sais pas
    ce que tu écriras demain,
    ni même en te levant,
    ce que tu écriras aujourd'hui...

    Mais garde confiance.
    Il y aura toujours un mot qui brille dans le silence
    -comme on voit souvent, à l'heure tardive du jour,
    luire une brindille.

    Geraldine

  • Sans titre

    Bien sûr que la Vie
    est une pièce
    bouffonne,
    grotesque...

    Mais le tragique
    de notre condition d'homme
    est que nous sommes
    obligés de la jouer

    avec le plus grand sérieux.

    Geraldine

  • Autre ciel

    Sur la rade
    de Brest
    les falots
    s'allument
    et dans l'ombre
    mon doigt
    les dénombre
    comme des astres
    nouveaux
    qui naissent
    entre la terre
    et l'eau

    Geraldine