• Ta présence

    Ta présence
    ce n'est pas cette force que je puise
    dans le souvenir
    de ton regard de ton sourire
    de ta main de ta voix

    Ta présence
    c'est ce pain chaud qui craque quand je le coupe et le mange
    c'est l'eau qui coule dans ma gorge lorsque les yeux clos je lève ma bouteille face au soleil
    c'est la danse du vent autour de mes hanches la terre frappée par mes pieds
    c'est le sang du jour qui monte jusqu'à mon coeur
    et c'est aussi la couverture toute piquetée de taches rousses
    où je me glisse comme le rêveur sous le ciel d'été

    Ta présence
    ce sont tous ces instants dans lesquels je m'absente

    Geraldine

  • Le retour

    Lorsque je suis revenue
    de manière impromptue
    je n'ai pas reconnu la Vie
    mais la Vie m'a reconnue

    Les fleurs ont confié au sentier leur message parfumé
    Le soleil a sautillé d'herbe en herbe jusqu'à chez toi
    Le heurtoir a frappé trois coups neufs
    Les notes du carillon ont dansé sur le toit de l'auvent

    Comme tu n'étais pas là pour m'accueillir
    le ciel a déplié sa nappe de printemps
    et une mésange s'est annoncée
    dans sa robe bleue

    La Vie m'a dit
    que j'avais beaucoup de chance
    d'être revenue ainsi 
    à la vie

    Geraldine 

  • Sans titre

    Demeurons muets en ce jour
    Les mots sont si loin des choses qu'il est vain de les chercher
    Posons notre doigt sur la bouche de nos désirs  de nos pensées
    et comme à une petite fille qui pose des questions pour mieux comprendre
    demandons gentiment à notre volonté de s'apaiser

    L'univers n'a sans doute pas d'explication à donner
    pas de message à délivrer
    pas de discours à faire
    Il nous regarde seulement -de toutes ses étoiles allumées
    Demeurons donc muets en ce jour

    N'écoutons que ce souffle indépendant de notre peine
    qui entre et sort à chaque instant
    et qui -sans que nous en ayons conscience-
    entrouvre peut-être une porte
    dans le silence

    Geraldine 

  • Le voyageur

    Faites
    qu'il prenne conscience
    que maintenant
    le chemin est différent

    qu'il peut voyager
    dans les paysages du temps
    par la seule
    pensée

    qu'il peut donner
    sa main au vent
    sans que celui-ci
    le bouscule

    qu'il peut voir
    renaître son étoile
    au-delà
    du verre brisé

    qu'il peut devenir
    ce souffle
    traversant
    la saison des fleurs

    qu'il peut garder
    confiance
    -ronces et chardons
    ont renoncé

    Faites qu'il trouve ainsi
    le sentier d'or
    caché par l'ombre
    des arbres serrés

    que sur la dernière
    marche de pierre
    il dépose
    bagages et affaires

    qu'il entre enfin
    humblement
    déchaussé
    dans sa maison

    qu'il enlève
    ses lunettes
    pour reconnaître
    les regards familiers

    et qu'en la chambre
    parfumée de roses
    il repose
    les yeux ouverts

    comme lorsqu'il rêvait
    enfant
    au coeur
    de toute chose

    Geraldine

  • Le jeu des "je"

    Il y a le "je" pour le "je", le "moi je", celui qui parle à lui-même et pour lui-même, centré sur ses désirs et ses opinions: "Je veux regarder le match de ce soir."

    Il y a le "je" qui se croit "je" mais qui est un "il" ou un "elle",  et qui par conséquent se travestit car ce "je" est en désaccord profond avec ses émotions, mettant ainsi en conflit son coeur avec son esprit, son être avec le paraître: "Non; je ne suis pas triste; je vais très bien". 

    Il y a le "je" qui se met à l'écart par rapport au "vous", qui ne voit pas le "vous" comme le même "je" et qui donc exclut tous ces multiples "je" de son "je": "Je désirerais que vous me laissiez parler; voici ce que j'ai à vous dire..."

    Il y a le "je" qui désigne en vérité le "tu", qui par son discours invite ce dernier à ressentir, penser, espérer; "je" représente alors le "tu partagé" de l'empathie: "Tu ne dois pas te désoler; je pense que les roses de ton jardin refleuriront" ("et que tu vivras toi aussi la belle saison des roses; ton chagrin n'est que temporaire...")

    Et puis, il y a le "je" dissous dans le "nous"; c'est le "je" du poète qui, même si on lui coupe la gorge, se fait l'écho d'un autre "je" se faisant l'écho d'un autre "je"...
    C'est l'individu qui entre dans l'universel; le coeur intime devenu enfin le choeur du monde.

    Quel "je" préférons-nous?

    Geraldine

  • Le seuil de ma porte

    Lorsque j'ouvre ma porte,
    le monde me laisse chaque jour une trace différente de son passage 
    sur le seuil:

    avant-hier une lettre
    hier une coccinelle à six points
    aujourd'hui trois fourmis rouges transportant un brin de paille
    demain une feuille offerte par le vent de la colline? ou un pétale d'aubépine? ou un pollen de fleur qui me déclarera son parfum?
    après-demain une flaque de soleil dans laquelle dansera un insecte ivre?

    Ainsi à l'infini 
    la main ouverte
    de la vie
    nous dépose sa surprise
    dont notre souffle
    dénoue les rubans invisibles

    Nous n'avons nul besoin de voyager loin.
    Il nous suffit de nous pencher sur le seuil de notre porte
    pour trouver le trésor du jour.

    Geraldine

  • L'Attente

    On m'a dit que tu viendrais
    Mais les jours passent
    Et tu n'es pas là

    Si tu devais venir
    ne serais-tu pas arrivé?
    Peut-être t'es-tu trompé de chemin

    Peut-être t'ai-je trop espéré
    Peut-être ne mesurons-nous pas
    le même temps

    Et nos deux étoiles
    ont dévié leur trajectoire
    dans l'univers

    Il resterait alors 
    une chance dérisoire
    de se rencontrer

    une chance infinitésimale
    qui dort encore
    parmi les poussières d'étoiles

    Ce serait en quelle saison?
    Quelle année?
    Comment pouvons-nous le prévoir?

    Je rêve parfois
    dans mon sommeil agité
    du petit matin

    que je t'attends
    sur un quai de gare
    dans un hiver blanc

    et j'entends soudain
    ce haut parleur
    déclarer à mon coeur

    "Il n'y a plus de correspondance
    avant Demain
    entre Toi et Moi"

    Geraldine

  • Nuit d'été

    Le collier 
    des voix  
    s'est égrené 
    sur le chemin

    Seule
    l'ombre
    enveloppe
    mes épaules

    L'herbe
    tremble 
    comme de la soie  
    froissée 
     
    Un papillon
    s'efface
    en son éclat
    Je n'attends

    personne
    mais je me promène 
    dans le jardin
    qui frissonne

    Peut-être
    trouverai-je
    sous une feuille de menthe
    une étoile brillante

    Geraldine

  • La théière fêlée

    Tout à l'heure
    en voulant verser le thé
    dans les belles tasses
    de l'amitié
    j'ai heurté la théière
    contre l'angle
    de la table

    Par la ligne si fine
    de la fissure
    l'eau s'est échappée
    et répandue
    sur le tissu
    de la nappe
    constellée de roses

    Et j'ai songé alors
    à mon coeur de jadis
    Peut-être fallait-il qu'il se brise
    contre le monde
    pour que son amour
    inonde
    toute chose

    Geraldine

  • La voix intérieure

    Ce doux chuchotement d'eau douce
    lorsque la vie te brûle
    le fil ininterrompu d'un souffle
    dans la douleur

    l'oeil comme réponse à l'ombre
    la fontaine apaisant ta route
    l'étoile déposée sur tes doutes
    l'anneau d'or à ton chevet

    le secret de ce murmure
    qui te conseille
    et te console
    c'est Moi

    Dès que tu as franchi le seuil
    de ma parole
    la porte de ton coeur
    s'ouvre

    Et pour l'éternité
    tu demeures
    en cette langue 
    que tu écoutes

    Je suis ta voix intérieure

    Geraldine