• La ritournelle

    Je ne peux plus écouter cette ritournelle
    que je fredonnais pourtant
    plaisamment
    un matin de juillet

    au rythme
    du CD
    qui tournait tranquillement
    sur lui-même

    Oui cette insouciante 
    ritournelle
    que je fredonnais
    au soleil

    lorsque le téléphone
    sonna
    et qu'une voix lointaine
    m'apprit ta mort soudaine

    Un temps étranger
    avait troué
    sans remède
    la lumière calme du jour

    A l'inverse de l'eau
    dont les cercles
    se referment toujours
    sur le jet de la pierre

    ce moment-là
    demeure
    à jamais
    ouvert

    Je ne peux donc plus écouter cette ritournelle
    Je ne peux plus écouter cette ritournelle
    Je ne peux plus écouter cette ritournelle
    Je ne peux plus écouter

    Je ne peux plus
    car si je le pouvais
    ce serait comme si rien n'avait
    existé

    Rien
    ni le soleil
    ni le téléphone
    ni la voix lointaine

    ni ton décès

    In memoriam
    12 Juillet 2012

    Géraldine Andrée

  • Le drap neuf

    Tu aimes
    qu'on change
    ton lit
    chaque matin

    qu'on noue
    en boule
    le drap
    du jour ancien

    et qu'on déploie
    sur toi
    ce drap parfumé
    neuf et fleuri

    Tu te surprends
    alors
    à penser
    les yeux fermés

    que tu t'en vas
    sur un chemin d'été
    très loin
    de ta maladie

    abandonnant
    sans remords
    ton vieux corps
    au bon vouloir

    de l'aurore

    Géraldine Andrée

  • Le chemin du soir

     

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    Le chemin du soir
    me mène
    toujours
    à toi

    Tu fermes alors
    les persiennes
    pour voir
    danser les lueurs

    et tout mon corps
    sous tes doigts
    se fait poème
    jusqu'à l'aurore

    Géraldine Andrée

    Tableau: Henri Gervex; Rolla 1878 (Musée d'Orsay)

  • La connaissance

    Je pense que la connaissance passe par le plaisir:

    une promenade dans la forêt
    un concert en plein air
    la partition que l'oiseau invente chaque matin parmi les feuilles
    un théâtre improvisé dans le jardin
    le doigt de l'ami qui compte les étoiles
    les couleurs de la colline comme autant de saisons à peindre en une seule heure
    le regard qui mesure le temps de rencontre du flocon avec la terre ou la vitesse de vol du pollen dans le vent
    le grain de la peau de l'amant comme poème touchant

    Je pense parfois que la connaissance passe par la joie de vivre

    -plutôt que par la vie muette des livres

    Gé
    raldine Andrée

  • Fidélité

    Même si je me perds dans les yeux de l'Amant,
    que j'entends battre le tambour inflexible de mon sang,
    que le corps désiré habite tout l'espace-temps,
    que l'Autre respire à ma place,
    que délicieusement je me meurs,
    partant à la dérive
    sur la vague de la nuit,

    je n'oublierai jamais,
    en renaissant à l'aube,
    d'ouvrir le petit livre
    où vous m'écrivîtes votre dédicace,
    et de rappeler mon coeur
    à la toute première lueur
    de vos poésies.

    Géraldine Andrée

  • Le cours des jours

    J'aimerais
    remonter le cours
    des jours

    savoir comment
    le tout premier
    mot s'alluma

    pour l'étoile
    éteinte
    -la remplaça-t-il

    doucement
    comme le printemps
    qui prend bien

    le temps
    d'ouvrir toutes
    ses corolles?

    J'aimerais
    remonter le cours
    des jours

    pour savoir comment
    le jour
    devint Parole

    Géraldine Andrée

  • Sans titre

    Puisque tu es là
    toi aussi
    il te faut veiller

    la brindille du chemin
    la goutte dans la coquille
    le pétale sur l'eau

    l'aile d'un souvenir
    posé au bord
    de la mémoire

    -tout ce qui attend
    tout ce qui espère
    tout ce qui respire

    le tout petit
    si important
    pour le plus grand

    Puisque tu brilles
    toi aussi
    mon âme d'or

    au-delà des regards
    il te faudra
    veiller encore

    Géraldine Andrée