• Le dégel

    Il arrive qu'un matin,
    la maison me réveille.
    Alors, je sais

    que les longs jours d'hiver
    prennent fin,
    qu'enfin la neige fond.

    Un craquement profond
    -venu de plus loin que les murs, la cheminée ou les poutres-
    rompt le silence de la chambre.

    Un lourd morceau de glace
    se détache du toit
    puis tombe sur la terrasse.

    Les chéneaux lentement s'égouttent.
    La fenêtre éblouie
    se constelle de larmes.

    Assise, j'écoute
    cette source secrète
    qui coule près de moi

    sans que je puisse l'approcher
    pour y tremper mes lèvres;
    et je songe que quelques mois à peine

    nous séparent
    de la source de Beaujour
    qui bruira dans l'herbe d'été...

    Un chant de mésange tremble dans l'air
    alors que je croyais sa note
    à jamais disparue.

    Un matin, les routes se dégagent;
    le temps change;
    il est possible que ta lettre me parvienne:

    je vois si bien l'horizon!
    Mais je me sens encor un peu lasse
    pour me lever -hélas!

    car les sanglots de la maison me cernent
    comme les mots d'un aveu
    trop longtemps tu...

    Géraldine Andrée

  • Silence de neige

    regard, universalite

    Silence de neige.
    Neige du silence.
    On n'entend plus une voix,
    pas le moindre passage,
    même pas le bruit d'un pas.
    Et alors que le blanc
    recouvre toute chose
    et efface toute trace,
    on sent la densité,
    on éprouve la profondeur
    et la présence compacte
    du monde devant soi.

    On mesure désormais
    l'épaisseur d'une branche,
    les interstices d'un banc
    que comble la chute
    lente des flocons,
    la saillie d'une racine
    contre laquelle bute le pied.
    Parce que la vie est muette,
    elle gagne en respiration;
    parce que la vie est figée,
    elle acquiert de la densité.

    Même les notes
    les plus frêles
    du piano
    résonnent dans la chambre
    avec une force singulière
    et il me semble
    que le morceau
    devient enfin musique
    grâce à ce calme
    qui amplifie
    le moindre accord...

    Ah! Je redoute
    le jour de la fonte,
    lorsque toute chose
    perdra sa plénitude!
    Oui, quand la neige disparaîtra,
    délivrant les rues, les toits, les arbres,
    cette présence éprouvée ce soir
    elle aussi s'effacera;
    blancheur oubliée
    dans la banalité revenue,
    comme si elle n'avait jamais existé.

    Et il ne restera plus
    que des flaques
    où tremblera
    le reflet gris
    d'un monde amoindri.
     
    Géraldine Andrée

  • Sans titre

     

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    J'écris seule
    en cette nuit
    sans étoile
    ni signe

    pour être digne
    du soleil
    qui se pose
    sur les roses

    Géraldine Andrée

    Image: Amélie Vuillon; Vert anis

  • Lueur dans un verre

    C'était un petit paquet enveloppé d'un papier cadeau tout simple et fleuri.
    Mes doigts l'ont doucement défait dans l'ombre calme.
    Et j'ai découvert un verre entouré d'un fin napperon de dentelle.
    Quand j'ai allumé une bougie dorée au fond du verre, j'ai vu danser la flamme derrière les motifs du napperon.
    Le verre est devenu un théâtre où se répondaient les reflets d'une seule lueur,
    où se jouait en profondeur une scène éclatante et muette, sans cesse achevée et recommencée.
    Tel motif -fleur, fruit...- s'animait silencieusement quand la flamme promenait son souffle, au point qu'il m'a semblé que le verre lui aussi me regardait pendant que j'étais absorbée dans ma contemplation.

    J'ai pris alors bien soin de poser ce petit présent
    au centre du présent
    autour duquel gravitent
    tant d'instants

    qui se mirent et palpitent
    en secret
    dans le reflet
    des instants précédents.

    Géraldine Andrée

  • Sans titre

    Le silence
    après la fête
    est tel

    que tu entends
    presque
    se briser

    le cristal
    de chaque
    instant

    Géraldine Andrée