• Sans titre

    Le silence
    ronronne
    sur le ventre
    de la nuit

    J'écris

    Géraldine Andrée

  • Sans titre

    Je ne fermerai pas la porte de mon bureau

    pour que les voix qui encerclent la table
    le tintement de la vaisselle
    les discussions et les disputes
    les pleurs et les rires de l'enfant
    la chienne aboyant

    y entrent toujours
    car j'en suis sûre
    la voix silencieuse
    de l'écriture
    commence

    là où bruit la vie

    Géraldine Andrée

  • La coque des mains

    Dans la nuit
    solitaire
    du jardin,
    tu recueilles

    un petit
    ver
    luisant
    au creux

    de tes deux
    mains
    entrouvertes
    et réunies

    -formant
    ainsi
    une coque
    qui traverse

    l'immense
    espace
    jusqu'à
    la terrasse;

    puis lorsque
    cette coque
    de chair
    remonte vers

    mes yeux,
    la lumière
    brille avec
    une telle évidence

    qu'il me semble
    que tu m'offres
    un univers
    à la mesure

    de notre enfance,
    éclairé par une lampe
    insolite
    et secrète

    en cette toute
    dernière nuit
    de vacances
    passées ensemble...

    Géraldine Andrée


    Musique: Bruno Coulais; Microcosme

  • Sans titre

    J'ai débarrassé
    la table
    de tous les journaux
    du passé

    des chroniques dépassées
    des anciennes nouvelles
    des demandes administratives
    dont l'issue est négative

    J'ai même déchiré
    les serments de l'amant
    -ces feuilles d'un printemps
    dont je n'avais pas fait le deuil

    Il ne reste plus
    sur la nappe fleurie
    que mon petit cahier
    de cuir blanc

    et ma tasse de faïence
    qui attendent
    que je m'assoie
    en compagnie

    de ma présence

    Géraldine Andrée

  • Le retour

    Certains rentrent chez eux
    par train, voiture,
    bus ou vélo.

    Moi, je rentre chez moi
    avec les mots.
    Très rapide est le voyage:

    il me faut
    traverser simplement
    le blanc

    de la page.

    Géraldine Andrée

  • Le petit pardon

    J'aimerais que le pardon frappe à ma porte comme un enfant qui revient du froid.
    Mes lèvres tremblantes lui murmureraient: Entre!
    Mes bras porteraient son épais manteau jusqu'à la chambre.

    J'essuierais les traces du mauvais temps que laisseraient ses souliers dans le couloir.
    J'allumerais pour lui la lampe des hôtes: celle dont la flamme bleuit quand elle s'élève.
    Je lui servirais un bol de lait bien chaud, sucré de miel et qui -paraît-il- donne bon sommeil.

    Nous serions assis face à face; je l'écouterais reprendre doucement son souffle.
    Nous nous regarderions longuement; les reflets bleus de la flamme allumeraient d'autres yeux que les nôtres.

    Nous ne parlerions pas-ou si peu!
    car après tant de peine,
    les mots ne valent plus la peine.

    Géraldine Andrée    

  • Chez moi

    Lorsque je m'ennuie au cours des conversations,
    qu'il me semble que je ne suis pas vraiment à ma place,
    que la journée me paraît être un long exil,
    il me suffit de mettre ma main dans ma poche

    et de sentir au contact de mes doigts
    la couverture de cuir blanc
    de mon carnet de notes intimes,
    et je sais alors que quoi qu'il arrive,

    je demeure chez moi.

    Géraldine Andrée

  • Sans titre

    Je n'ai besoin
    pour bien
    vivre
    que d'un petit jardin
    et d'un gros livre

    Géraldine Andrée

  • En t'attendant

    En t'attendant
    j'écoute
    le vent

    qui se balance
    dans la nuit
    comme un enfant

    qu'aucune histoire
    n'a pu
    endormir

    Géraldine Andrée