• Le vent et le jardin

    Au passage du vent, le jardin change:
    le rose de la roseraie tremble dans l'eau;
    les feuilles se froissent les unes contre les autres;
    les herbes crépitent tel un tissu qui se déchire.

    Mais le jardin se révèle Jardin en son tourment:
    les feuilles froissées exhalent tout leur chant;
    les herbes lustrées par les souffles chatoient;
    l'eau du bassin est rose comme de l'eau de rose.

    Aussi, mon ami,
    sois à la fois
    le vent et le jardin:
    traverse ton coeur

    jusqu'à te retrouver
    de l'autre côté
    de ta douleur;
    et tu deviendras

    Qui tu es vraiment.

    Géraldine Andrée

  • Sans titre

    Numériser0011.jpgDe nos jours, on ne veut que des fruits lisses, parfaits, colorés...
    Moi, j'aime les fruits irréguliers, blessés, sillonnés de rides, flétris, piquetés de taches rousses,
    preuves qu'ils ont vécu dans toute leur beauté,
    comme les prunes qui éclatent dans l'été.

    Géraldine Andrée

    Image: Henri Matisse, (1869-1954)
    Obst und Bronze, 1910 

  • Sans titre

    On veut partir toujours plus loin
    Voir toujours plus grand
    Mais notre travail est ici et maintenant
    dans le plus petit instant
    présent

    Géraldine Andrée

  • Etre Soi

    Deux mots tout petits
    Et le travail de toute une vie...

    Géraldine Andrée

  • La souris bleue

    J'étais une enfant très chahuteuse quand j'avais sept ans.

    Mon jeu de prédilection consistait à chercher la-souris-bleue-cachée-dans-la-main: le partenaire tenait sa main bien serrée pour éviter que la souris qui s'y cachait ne fût volée et je cherchais, moi, à ouvrir cette main de toutes mes forces et à dérober la souris.

    Puis, on inversait les rôles. Le jeu se terminait toujours dans de grands éclats de rires; généralement, la main cédait sous la pression des doigts de l'autre qui, victorieux, mimait de brandir la souris bleue par la queue.

    Un soir, alors que la visite de mes parents chez ma tante traînait en longueur, je commençai à jouer avec mon oncle. La main de ce dernier était particulièrement résistante. De ma petite menotte, je tentai de faire céder les doigts épais, un par un, mais c'était peine perdue. A un certain moment, ma pression fut plus forte que d'habitude; mon oncle retira précipitamment sa main de la mienne et l'ouvrit:

    -Bouh! Regarde ce que tu m'as fait!

    Non seulement aucune souris bleue ne tomba pour moi de sa main, mais surtout... surtout..., je vis qu'il manquait à la main de mon oncle une partie de l'annulaire et qu'il ne restait de notre jeu qu'un moignon rose:

    -Tu m'as volé une souris très chère: mon doigt!

    Stupéfaite, j'éclatai en sanglots:

    -Où il est? Il faut le chercher!

    Et me voici pleurant, accroupie sur les tapis: nul doigt parmi les dessins persans.

    Je me penchai sous les meubles, mais il y faisait si noir que je ne distinguai rien.

    L'affolement m'envahit toute entière.

    Mon coeur battait dans ma tête, ma gorge, mon ventre; je cherchai en courant, tournant en rond autour de la table, renversant les chaises.

    Ma mère, alertée par les cris, arriva.

    C'est alors que mon oncle m'attrapa et arrêta ma course désespérée en posant calmement sa main sur mon épaule:

    -Ne cherche pas; ne cherche plus; ce doigt, je l'ai perdu bien avant toi, bien avant le jeu de la souris bleue. C'était pendant la guerre d'Algérie. J'ai dû sauter avec d'autres soldats d'un camion et mon alliance est restée accrochée à un clou; voilà, voilà comment j'ai perdu ce doigt; tu n'y es pour rien.

    J'avais commencé à sécher mes larmes; néanmoins, le doute subsistait:

    Et si... Et si c'était quand même MOI? Comment peut-on en être certain, définitivement certain?

    Je sentais en moi la présence d'une ombre qu'aucune parole ne dissiperait.

    Sur le chemin du retour, dans la nuit, mes parents durent me confirmer plusieurs fois que mon oncle avait perdu son annulaire pendant la guerre d'Algérie et que ce n'était pas mon jeu-de-la-souris-bleue qui avait causé cet accident; d'ailleurs, comment la main d'une fillette de sept ans pouvait-elle ôter le doigt de la main d'un homme de quarante ans? Sois raisonnable, voyons!

    N'empêche...

    Le cahier d'Esther, rempli de dessins et de poèmes;

    l’herbier de vacances confectionné par Jacques;

    le beau coffret de cuillères en argent;

    l’amour en allé de Colette;

    la vigne de Grand Père qui ne donnait plus de raisin depuis des années;

    le disque des Beatles qu'adorait écouter Stéphane;

    la maison vendue puis tant regrettée par Grand Mère...

    Pendant longtemps j'ai fouillé dans les caves, les remises, les dépendances, les greniers...

    J'ai même essayé des tours de magie; je me suis confectionné une baguette de fée en l'enveloppant de papier scintillant; je me suis adressée aux étoiles des nuits d'août; j'ai parlé matin et soir au pied de mon lit à Celui-qui-écoute-mais-ne-répond-pas afin qu'Il m'aide à retrouver Tout ce qui avait été perdu bien avant moi.

    Des choses ont été retrouvées -par pur hasard ou coïncidence-; d'autres jamais.

    Il m'a fallu grandir encore pour comprendre que le processus de la perte se déroulait indépendamment de moi -de mes actes et de mes voeux,


    et que dans la Vie

    il faut laisser courir

    où elle veut

    La Souris Bleue.

    Géraldine Andrée

  • L'instant,

     regard,temps,universalite,decouverte

    papillon
    qui vole dans l'air
    du temps

    et qui luit,
    alors
    qu'il s'évanouit...

    Géraldine Andrée

  • Toujours aujourd'hui

    On pleure ce qui n'est plus là.
    On pense à ce qui n'est pas encore là.
    Mais il n'est qu'une seule présence:
    le présent.
    Ne se réveille-t-on pas en effet
    toujours aujourd'hui?

    Géraldine Andrée

  • Un oiseau...

     espoir, universalite, condition humaine

    Un oiseau
    chante
    soudain
    entre les bombes

    La mort
    mon ami
    serait-elle enfin
    morte?

    Géraldine Andrée

    Image: Tokuoka Shinsen (1896-1972); Pivoine après la pluie 1927

  • Sans titre

    inspiration,universalite,singularite,foi,espoirLa Poésie
    cette demeure universelle
    dont chaque poème est une pièce ouverte
    sur un sentiment particulier

    Géraldine Andrée

    Image: Vilhelm Hammershoi (1864-1916); Portes ouvertes, 1905