• Unis, mon ami.

     Numériser0010.jpg

    Etre unis,
    mon ami,
    ne signifie pas
    être ensemble.

    C'est, par exemple,
    partir tôt
    alors que tu dors
    encore

    et te laisser
    une tartine de miel,
    un bol de lait,
    une bougie allumée;

    c'est regarder
    toute seule
    le ciel
    d'une nuit d'août

    et faire confiance
    aux étoiles filantes,
    messagères fidèles
    de ce qui se dit en silence;

    c'est avancer,
    un panier à la main,
    sur le long chemin
    de cailloux,

    songer que, malgré tout,
    le temps est doux
    et que ces mots,
    tu les aurais prononcés

    en me déposant
    la fleur
    de ton souffle
    dans le cou.

    Etre unis,
    mon ami,
    ne signifie pas
    être ensemble.

    C'est faire en sorte
    que l'absence
    de l'Autre
    soit Présence.

    Géraldine Andrée

  • Un songe

     

    Numériser0001.jpg

    Allongée
    dans l'herbe
    tiède
    et songeant

    les yeux
    ouverts
    à ce seul
    instant,

    je vois
    passer
    dans le ciel
    clair

    un seul
    nuage
    blanc;
    et je ne sais

    de quel
    ciel
    il s'agit:
    est-ce

    le ciel
    du monde
    ou celui
    de mon songe?

    Mais ton songe,
    mon amie,
    est celui
    du monde!


    Géraldine Andrée

    Image: Ciel de Magritte

  • Sans titre

    Tout en haut
    de la liste
    des noms
    de Yad Vashem,

    il y a
    ton nom
    inscrit
    lui aussi

    pour que
    je lève
    les yeux

    et que je rêve,
    toujours plus haut,
    toujours plus loin.

    Géraldine Andrée

  • L'heure du départ

    Bien sûr, l'heure du départ sonne toujours.

    Mais de toutes les manières de partir
    -à la hussarde: oh-là-là-il-est-temps, affectée: avec-mille-regrets-mais-je-t'écrirai, philosophe: que-veux-tu-c'est-la-vie ...-,
    je préfère cette manière de t'en aller-l'air-de-rien, sans faire de bruit comme si tu n'ôtais pas tes chaussons.

    Tu poses doucement la tasse sur la table et je te demande: Veux-tu encore un peu de thé?
    Et tu me réponds à voix basse: -Oui, volontiers, quelques gouttes...
    On chemine, comme pour une promenade, le long du sentier qui mène à la grille et on reprend la bonne conversation qui avait accordé nos esprits au plus chaud de l'après-midi.
    Dans le bleu du soir que gagnent les ombres, je vois danser l'éclat d'or de ton bracelet: ta main me fait signe encore.

    Et lorsque, redevenue seule, j'éloigne nos deux fauteuils, il me semble que certaines de tes phrases rôdent en silence...
    Pour retrouver le mouvement de tes lèvres qui les prononcèrent,
    je me les répète en savourant leur lenteur muette.

    Oui, j'aime cette manière que tu as de me quitter
    sans t'absenter.

    Géraldine Andrée

  • L'ami invisible

    J'ai un ami
    que personne
    ne voit
    mais qui marche
    toujours avec moi.

    Lorsque je perds
    mon chemin,
    il me guide
    sans tenir
    ma main;

    et lorsque je m'assois
    seule
    au soleil,
    il me conseille
    d'une voix calme,

    de déjouer
    tous les faux amis
    et de rire
    de mes petits
    drames.

    Je ne saurais dire
    la couleur
    du regard
    de mon ami
    ni décrire

    son visage:
    n'importent
    que ses messages
    qu'il me délivre
    chaque jour

    sans que j'aie recours
    aux vieux livres,
    car il me faut
    apprendre seulement
    à vivre.

    J'ai un ami
    que personne
    ne voit
    et qui danse,
    et qui joue

    comme le vent
    sur ma joue.

    Géraldine Andrée

  • La balançoire

    Quand je suis revenue au pays de mon enfance, la valise pesait lourd au bout de mon bras.
    J'avais emporté mes robes, mon coffret de maquillage avec son petit miroir (car je voulais mettre en valeur la femme que j'étais devenue et qui n'avait plus rien à voir avec la jeune fille de jadis), des livres (au cas où je m'ennuierais...).
    Mais, lorsque je me suis assise sur la balançoire des longs étés passés, et que d'un simple coup de pied je me suis élevée dans les parfums du vent, la musique des oiseaux, le souffle des branches,
    je cessai immédiatement de m'assimiler à tout ce que je portais en arrivant -robes, maquillage, lecture- et qui me définissait très approximativement;
    j'étais ce qui était
    -le vent, ce passant vif,
    le chant des oiseaux
    qu'orchestraient les branches.
    Je me sentais si présente,
    c'est-à-dire disponible à tout ce qui était présent depuis toujours,
    que je me laissai traverser comme le verre d'un miroir
    par la belle lumière du soir.

    Géraldine Andrée

  • Sans titre

    Seule dans la nuit,
    parfois, je prie

    la libellule, l'oisillon, l'étoile dans la bille, la brindille,
    le frêle fil de la toile d'araignée tendue au soleil...

    Seule dans la nuit, j'appelle le Très Petit,
    l'Insignifiant, le Vulnérable, le Si Faible,

    car Lui Seul sait plus que Tout
    la force qu'il faut pour rester en Vie.

    Géraldine Andrée