• Aquarelle 10

    Lorsque je vois
    un rayon de soleil
    qui danse
    au matin

    dans ma petite
    bouteille
    de parfum,
    je me dis

    que je fais
    un grand voyage
    sans aller
    très loin.

    Géraldine Andrée

  • Aquarelle 9: MaMie

    Derrière les volets clos
    de la cuisine,
    les notes de l'eau
    tombent

    sur la vaisselle fine
    du déjeuner:
    tu as toujours
    eu l'art

    d'être présente
    sans faire entendre
    ta voix,
    en laissant

    seulement
    chanter
    le présent
    entre tes doigts.

    Géraldine Andrée

  • Aquarelle 8

    Un rêve, un seul:
    ouvrir toutes
    les fenêtres
    et écouter

    dans la nuit fraîche
    les feuilles
    qui s'ébrouent
    de la bonne averse.

    Géraldine Andrée

  • Aquarelle 7

    L'air est bleu et frais.
    Une note d'oiseau
    tremble, frêle
    goutte sonore.

    Le vent,
    en passant,
    dérange
    quelques feuilles.

    Dans l'allée,
    craquent
    des cailloux:
    voici

    Denis,
    le jardinier
    qui vient arroser
    le potager.

    Comme
    la lumière
    est tendre
    avant de sévir!

    Me dire,
    les yeux mi-clos,
    que j'irais bien
    dans la rosée

    -jusqu'aux semis.
    Mais tant d'heures
    de veille
    ont passé:

    je suis épuisée.
    Et songer
    que je ne dormirai
    peut-être plus jamais,

    que mon chagrin
    est éclos,
    fleur
    à fleur de peau.


    Géraldine Andrée

  • Aquarelle 6

    Ce pétale d'or sur le miroir,
    c'est le reflet du soleil d'été
    que nul chiffon, nul effort
    ne peut effacer.

    Seule la ronde
    du monde
    a le pouvoir
    de le soustraire à mon regard.

    Il en est ainsi, mon ami,
    de ton lumineux souvenir
    qui ne peut s'évanouir,
    ni par la grâce de mes larmes, ni par la force de ma volonté;

    et que la seule la ronde
    obstinée de mon sang
    dans le temps
    éteindra doucement

    sur l'onde de ma mémoire.

    Géraldine Andrée

  • Aquarelle 5

    Pour mon silence,
    un recueil
    de poèmes
    d'Anna*,

    le frisson
    des feuilles
    à fleur
    d'eau,

    et, suprême
    plaisir,
    là, entre
    les mots

    qui tremblent
    comme
    des perles
    tombées

    de la voix
    d'Anna,
    ce soupir
    qui redit

    combien
    toute parole
    à l'absence
    survit.

    * de Noailles

    Géraldine Andrée

  • Aquarelle 4

    Trempe
    tes mains
    dans les fleurs
    fraîches
    de ce matin
    de juillet:

    ne te semble
    -t-il pas soudain
    que tu pourrais
    presque
    mourir
    de bonheur?

    Géraldine Andrée

  • Aquarelle 3

     universalite, nostalgie, identite, condition humaine
    Dès que le jour se levait,
    tu me disais:
    Apporte-moi le baquet,
    le savon d'huile d'olive,
    le gant de crin,
    la grande cruche d'eau pure
    et le drap blanc.

    L'eau coulait
    au rythme de ton chant
    dans le baquet;
    l'huile du savon
    déposait doucement
    sur les bords
    une écume d'or;

    le drap blanc
    se déployait
    entre tes bras
    comme un lis ouvert;
    par la fenêtre,
    seules
    les feuilles

    étaient autorisées
    à se pencher
    et à murmurer:
    Comme elle est belle!
    De quelle
    aurore
    parlaient-elles?

    Avec une habitude
    d'enfant
    que tu gardas
    toute ton existence,
    tu nouais ta chevelure
    en la nattant;
    et je voyais fleurir ta nuque.

    Et ce jour nouveau
    tout étoilé d'eau
    qui éclairait
    de plus belle
    le jour qui se levait,
    c'était le jour
    de ta peau,

    avant que le drap
    ne voilât ton dos.
    Tu étais si vivante,
    alors,
    presque insolente
    en ta jeune lumière,
    que je ne pensais pas

    que tu serais,
    un jour,
    infidèle
    à ton aurore
    et que tu rendrais l'eau
    orpheline
    du jour.

    Géraldine Andrée

    Image: Edgar Degas (1834-1917); Le tub

  • Aquarelle 2

    J'aime laisser la fenêtre ouverte
    lorsque je fais couler
    l'eau de ma toilette
    au petit jour:

    je sais alors
    que ce jour est de l'eau
    qu'il me faut laisser couler
    tout en essayant de retenir

    quelques gouttes
    qui feront fleurir
    les jours
    à venir.

    Géraldine Andrée

  • Aquarelle 1

    J'aime l'odeur des haricots
    qui cuisent doucement dans l'eau.
    Leur parfum s'exhale dans ma cuisine,
    et c'est toute la saison des beaux jours
    qui remonte avec les volutes de vapeur

    -comme si se dénouait
    dans le jeune frémissement de l'ébullition
    un bouquet de senteurs
    d'herbe tendre, de thym, de menthe,
    de terre infusant la pluie des petits orages.

    J'aime l'odeur des haricots
    qui cuisent doucement dans l'eau.

    Géraldine Andrée