• Aquarelle 45

    L'herbe était ce matin
    toute étoilée
    de rosée

    -à tel
    point
    qu'il m'a semblé

    que c'était la sueur
    de la terre
    endormie

    en son coeur
    de nuit
    qui perlait ainsi

    malgré l'hiver
    à fleur
    de feuille.

    Géraldine Andrée

  • Aquarelle 44

    Le jardin a eu
    tant de fièvre
    tout le jour
    -et la nuit encore...

    Ce n'est qu'aux
    petites heures
    fraîches
    de l'aube,

    que la mauvaise
    ardeur
    s'apaise
    et que tu vois

    s'ouvrir
    alors
    les yeux
    des roses

    et des autres
    fleurs
    dans leur
    sueur...

    Géraldine Andrée

  • Aquarelle 43

    Après la guérison de ma longue fièvre, je suis retournée au jardin:
    la fontaine coule toujours.
    Ses notes sont pareilles à celles qui s'égouttaient dans le bassin lorsqu'il faisait soleil et que le bleu du ciel passait entre les murmures des feuilles.
    Et ses mille chevilles dansent comme au clair mois d'août sur les cailloux.
    Rien -ni la brume givrante, ni la terre gorgée de pluie, ni l'herbe flétrie- n'a tari la voix enfantine de la fontaine.
    Le jardin, lui, a changé.
    Mais la fontaine chante toujours,
    fidèle à elle-même
    et au temps qui ramènera bientôt les jours
    de la belle saison ancienne.

    Géraldine Andrée

  • Aquarelle 42

    Inoubliable moment:
    les poèmes
    de Francis Jammes
    près de la fontaine:

    si l'eau
    qui coule
    dans la coupole
    a doucement

    ranimé
    le murmure
    du poète
    dans mon âme,

    les poèmes
    de Francis Jammes
    réveilleront
    l'âme

    du chant
    de la fontaine
    dans ma chambre,
    au prochain hiver.

    Géraldine Andrée

  • Aquarelle 41

    C'est un de ces petits matins que j'aime bien:
    le froid au bout de mes doigts, le halo de mon souffle éclos à fleur de lèvres, l'écho de mes pas dans le silence d'un jour qui commence, la brume blanche comme de l'eau de riz qui se serait épanchée aux lisières du monde.
    C'est un petit matin qui annonce la toute première neige.
    Neige du temps.
    Neige des pages de votre message qui me parviendra peut-être.

    Géraldine Andrée  

  • Aquarelle 40

    C'est bien un dimanche matin de novembre:
    les gouttes des cloches tombent entre les notes de pluie.

    Géraldine Andrée

  • Aquarelle 39

    Que sont devenus
    tes pas dans l'herbe?

    Leurs empreintes ont-elles accueilli chaque goutte
    tombée du souffle de l'aube?

    Ou le vent, comme une gomme d'enfant glissant sur la page,
    les a-t-il vite effacées?

    De toute façon,
    les pluies d'automne sont venues,

    puis les étoiles de givre,
    puis les giboulées de neige,

    puis les rosées d'un autre été...
    C'est ainsi:

    Le temps sur tes pas
    a passé.

    Géraldine Andrée

  • Aquarelle 38

    Le vent souffle, hurle,
    traverse les feuilles, court sur les tuiles.
    Et le reflet de la lumière d'une vitrine
    luit calmement dans l'eau de la pluie.

    Géraldine Andrée 

  • Aquarelle 37

    Tant que mes pieds se baignent dans l'herbe fraîche du matin,
    je ne veux pas songer aux mauvais souvenirs.
    Je ne veux pas songer, non,
    à l'extraction de cette dent de sagesse qui me tint alitée pendant une semaine;
    à ce mal de mer enduré pendant une traversée de sept heures pour un amant qui ne m'attendait pas;
    à la robe de mariée achetée en prévision d'un mariage qui n'eut pas lieu;
    à la minable trahison de M un soir où la lune était pleine;
    à cette intoxication alimentaire qui me terrassa dans une chambre d'hôtel de Cappadoce;
    à la dispute avec L, si soudaine et si violente que j'annulai ma fête d'anniversaire;
    aux commérages qui ont fragilisé ma santé car je confondais -et il m'arrive encore de le faire- "être" et "paraître", "le soi" et "l'étiquette".
    Tant que mes pieds se baignent dans l'herbe fraîche du matin,
    je ne veux pas songer aux mauvais souvenirs.
    Après, bien sûr, tous les noms honnis pourront me revenir.
    Mais tant que la rosée tombe goutte à goutte sur les feuilles bleues du thym,
    je pose mes yeux sur l'instant prochain.

    Géraldine Andrée