• Le sommeil clair

    Je me souviens d'un après-midi d'été où, ivre des parfums et du soleil du jardin, j'ai éprouvé une lassitude soudaine et le besoin d'aller dormir dans ma chambre. Je me suis allongée, genoux repliés sur le ventre, tournée vers le mur fleuri.

    Je me souviens d'avoir ressenti dans mon sommeil les doigts de la lumière qui touchaient ma joue et élargissaient leur caresse sur mon visage. Puis, un pas s'est approché du seuil: c'était celui de mon père qui, constatant que je dormais, a fermé doucement la porte. Je sommeillais et pourtant, je percevais tout. C'était, à mon sens, une veille plus lucide me permettant d'accueillir l'extérieur, simplement, sans les préjugés de ma conscience.

    Il y eut, entre cette sieste d'été et cet après-midi de mai où j'écris, tant d'autres siestes -les siestes amoureuses, les siestes chagrines, les siestes souffrantes, les siestes insomniaques, par unique goût de l'oisiveté.
    De ces siestes, je ne me souviens pas: je ne me souviens ni des couleurs, ni des souffles, ni des bruits qui les traversaient.

    Les détails de la sieste au coeur de l'été me sont, en revanche, si fidèles qu'il me semble -alors que je suis dans ma maison d'aujourd'hui à vaquer pour faire de chaque jour de ma vie un jour significatif-
    que je viens à peine de sortir de ce sommeil clair,
    et qu'ils ne sont pas loin -les parfums du jardin, les doigts de la lumière, le pas de mon père,
    qu'ils attendaient -qui sait?-, au seuil de ma conscience, que je m'éveille enfin
    au jour de leur souvenir.

    Géraldine Andrée

  • Les choses évidentes

    Il est tant de choses évidentes:
    la poudre d'or du soir sur la hanche de la colline,
    l'enfant qui offre en cadeau sa paume,
    la mie blonde de quatre heures sous le chapeau brun du gâteau,
    les noces silencieuses du chat et de l'herbe,
    les mains de Jeanne qui, après avoir travaillé dans les champs, chemine sur la joue de Lise,
    la lampe qui brille derrière le volet,
    le sang d'ambre que laissent les mirabelles ouvertes sous les ongles,
    le parfum du thym infusant la nuit...
    Il est tant de choses évidentes,
    et pourtant,
    on ne les perçoit pas,
    on n'en a pas conscience.

    Géraldine Andrée

  • La promeneuse

    Ces petites
    gouttes
    de rosée
    qui se balancent

    dans l'air blanc,
    ronde éclose
    autour du silence
    de l'aube,

    c'est, mon amie,
    chaque instant
    qui perle
    du temps:

    il danse;
    et c'est fini:
    il te faut suivre
    ta route

    d'aujourd'hui.

    Géraldine Andrée

  • La revenante

    Aujourd'hui, tu n'as plus besoin de la porte pour passer:
    tu entres par la fenêtre
    comme pendant l'enfance, quand tu voulais doucement me surprendre,
    chant d'oiseaux,
    souffle de feuilles,
    senteur de fleurs devenue.

    Tu es le rire qui éclabousse le jour de ma chambre,
    l'étoile que je retrouve tombée par magie dans la flaque de nuit de mon miroir,
    l'aile de la lumière qui danse sur l'eau du thé;
    et ce poème qui s'immisce en mon silence à pas de lune, pour faire signe à l'aube future,

    c'est Toi Toujours.

    Depuis que tant d'autres
    te disent morte,
    moi je sais que tu passes par la Vie
    pour entrer dans ma vie.

    Géraldine Andrée

  • Les pétales de roses

    Le vent froid emmène les pétales de roses,
    fleurs trop tôt écloses:
    il en est ainsi:
    les choses

    qui veulent vivre avant leur temps
    ne font pas leur temps,
    et par conséquent meurent
    avant la Vie même.

    Géraldine Andrée