• Lettre à Dieu 5

    Il est en moi
    une voix
    qui s'appelle Marie
    et qui me dit :

    Arrange ce bouquet ;
    tourne ses roses vers le soleil !
    Ne crains pas demain ;
    ne regrette pas hier !

    Fais un grand dessin
    sur la page blanche
    en suivant le chemin de la lumière
    qui mène à ta main.

    Ne te lamente pas
    sur tes pertes
    qui sont en vérité
    des gains.

    Si tu écoutes
    battre ton coeur,
    tu sauras que j'habite le silence
    dont l'adresse est en toi :

    dirige alors
    les ailes de tes prières
    à cette adresse
    et je te répondrai,

    aussi vive
    qu'une étincelle
    courant
    dans le ciel d'été ;

    voilà
    ce que me dit Marie,
    la voix
    divinement nommée.

    Géraldine Andrée

  • Lettre à Dieu 4

    Remplaçons le mot Dieu par le mot Poème dans La Genèse et voyons ce que cela donne :

     "La terre était informe et vide : il y avait des ténèbres à la surface de l'abîme, et l'esprit du Poème se mouvait au-dessus des eaux.
    Le Poème dit : Que la lumière soit ! Et la lumière fut. Le Poème vit que la lumière était bonne; et le Poème sépara la lumière d'avec les ténèbres.
    Le Poème appela la lumière jour, et il appela les ténèbres nuit.
    Ainsi, il y eut un soir et il y eut un matin :
    ce fut le premier jour. "

    Dieu, le Poème ?
    Qu'importe !
    N'est-ce pas la même chose,
    n'est-ce pas le même sens ?

    Un mot né du silence
    et qui donne naissance
    à une parole
    d'où Tout commence ?

    Géraldine Andrée

  • Lettre à Dieu 3

    Mon Dieu,

    comme dans l'enfance,
    je veux
    avoir les mains
    toutes étoilées

    de taches
    d'encre,
    de terre,
    de fruit,

    et les lever
    en riant
    aussi haut
    que je le puis,

    pour les montrer
    au ciel
    qui m'approuverait
    en faisant trembler

    une de ses étincelles
    espiègles
    au bord
    de mes cils.

    Géraldine Andrée

  • Lettre à Dieu 2

    Il était si beau, ce pays, mon Dieu!
    Comme je me souviens!

    Pour avoir fait danser dans mes mains la gorgée de l'eau de sa rivière, j'ai maintenant toujours soif.
    Pour avoir joué avec la dentelle frémissante de sa brise, je m'ennuie au fil des jours qui passent.
    Pour m'être reposée sous le frais soleil de ses feuilles, je ressens tellement de fatigue.
    Pour avoir dévalé avec d'anciens enfants la pente bleue de sa colline, entraînée par la cascade de mon rire, je suis devenue grave car je sais qu'il est malaisé de rire autant ici.
    Pour avoir mordu à pleines dents en l'écorce tendre de ses fruits, je sens se creuser en moi un manque profond comme l'abîme.
    Pour avoir rêvé à l'aube, assise tout en haut de son escalier qui serpente les demeures, je n'ai pas la force d'affronter la réalité de cette vie...
    J'en viens à regretter d'avoir vécu dans ce pays, tu sais...

    Certes, la nostalgie que tu éprouves est celle du pays quitté, mais aussi celle du pays que tu retrouveras demain:
    après avoir lutté contre la soif, l'ennui, la tristesse, la faim, l'exil,
    tu retrouveras le pays rêvé -le vrai selon mon plan-
    et tu seras récompensée
    en devenant rivière, dentelle de la brise, frais soleil réfléchi par toutes les feuilles que j'ai créées, rire jailli de la gorge de l'enfance, coeur plein des fruits et
    Lumière! Lumière!
    Lumière
    qui ne s'incline jamais
    et déborde
    de toutes les frontières
    qu'ici-bas tu t'es inventées!

    Géraldine Andrée

  • Lettre à Dieu 1

    Qu'étais-je, mon Dieu, avant d'être née?

    Etais-je l'herbe sauvage, étais-je le rocher dressé dans la nuit, étais-je l'océan qui s'enivre de son bercement, étais-je la nappe bleue du ciel étendue au-delà de la conscience, étais-je le noir intervalle entre les étoiles, étais-je le silence qui précède la note, étais-je le vent qui passe sur la main, étais-je le soleil bu par la feuille frissonnante?

    Si je n'étais pas moi, qui étais-je en tant que non-moi?

    Tu étais tout cela, oui, mon enfant, et bien plus encore...
    Tu étais la Patience de cet instant avant l'aube où le moindre souffle de vie se suspend pour attendre un seul événement:
    mon signe
    que voici:
    ultime
    point d'or
    qui danse 
    au-dessus de la cime.


    Géraldine Andrée