• Lettre à Dieu 9

    Tant de choses
    se produisent
    sans qu'on en ait conscience,
    comme, par exemple,

    ces gouttes de rosée
    minimes
    qui tremblent
    tout en haut

    du silence,
    puis se déposent,
    l'une après l'autre,
    sur chaque pétale

    - paupière
    des corolles
    très tôt
    écloses...

    Il en est
    de même,
    je suppose,
    pour ces étoiles

    que tu sèmes,
    mon Dieu,
    jusqu'à l'aube
    sur le chemin

    à suivre,
    alors que,
    tout hésitants
    que nous sommes

    à vivre,
    nous gardons
    trop longtemps
    nos paupières closes...

    Géraldine Andrée

  • Lettre à Dieu 8

    - Qu'ai-je à savoir,
    mon Dieu ?
    - Tu n'as rien à savoir :
    Sois !

    Retourne la feuille
    très sage
    où les mots
    vont droit

    et sois son envers
    un soleil
    éclate
    haut en couleurs ;

    sois l'enfance
    qui désobéit,
    cheveux
    en bataille ;

    et qu'importe
    si elle se dévoie,
    si elle dévie
    de son chemin,

    sois le rire
    de la promenade
    sur ce mauvais chemin,
    aussi ;

    sois l'encre
    qui étoile
    le ciel
    de ta robe

    et sois l'eau
    qui emporte
    ces taches
    dans la mer ;

    sois la petite fille
    qui se tord
    les pieds
    sur des talons précoces,

    puis qui marche encore,
    seule,
    sans suivre personne :
    sois l'oubli

    et son innocente
    malice ;
    sois plus qu'en vie,
    sois La Vie!

    Géraldine Andrée

  • Lettre à Dieu 7

    On dit souvent que tu es loin, très loin, là-bas, parmi les étoiles les plus lointaines qui tremblent dans le ciel.

    Pourtant, je sais que tu es distante d'une seule pensée, d'une seule parole de moi.

    Il suffit que je prononce ton nom

    -Maria-

    une seule fois,

    pour que tu revêtes de ta robe étoilée que nul ne voit

    mon âme faite pour toi.

    Géraldine Andrée

  • Lettre à Dieu 6

    On me dit que je te parle en vain ; que tu garderas à jamais le silence.
    Et pourtant, il me semble souvent que j'entends ta voix en moi, qui me conseille de prendre ce chemin pour arriver plus doucement, de m'acheter un bouquet de printemps, de me préoccuper de mon plaisir (ouvrir les livres dont je retarde la lecture, recopier ces poèmes en habillant chaque lettre d'une robe de couleur différente ).
    Quand je te pose des questions, sans faille tu me réponds, quelle que soit l'heure du jour ou de la nuit :
    - De quoi sera fait demain ?
    - Vis : on est toujours Aujourd'hui.
    Souvent, j'ai pensé que cette voix était une autre Moi-Même.
    Mais non ! C'est bien Toi qui connais Tout désormais de Moi. Et tu sèmes des mots sur mes silences, Petit Poucet qui a retrouvé la route de mon enfance.
    Alors, je pense que le silence ne vient pas de toi, de ta bouche close et indifférente. Le silence s'assoit entre nous, hôte importun, lorsque tu me parles, là, au centre de mon être où, paraît-il, mon âme demeure,
    et que je ne t'écoute pas.

    Géraldine Andrée