• Lettre à Dieu 13

    Je te pose une question.
    Et toujours ce silence où j'entends pleurer une scie lointaine, grelotter une note d'oiseau, tinter un verre vide, claquer une porte.
    Je te pose une question.

    Pourtant, ta réponse est en route. Elle a peut-être déjà dépassé la place de la fontaine et remonté le petit chemin où le soleil sonne aux tempes. 

    Nul besoin de se précipiter pour ouvrir la grille ! Elle la franchit en survolant ses pointes de fer forgé.
    Et voici, sur mon âme, ta réponse aux ailes déployées comme un papillon minime dont on ne sent pas qu'il touche l'épaule.

    Ta réponse est là, timide et pourtant si évidente, que je crois qu'elle n'a pas voyagé et qu'elle a toujours habité en moi  -bien avant que je ne te pose ma question et que mon impatience ne me rende aveugle aux signes que tu m'envoyais dans le silence, comme par exemple,

    le grelot
    de cette note d'oiseau
    qui faisait écho
    dans mon verre,

    juste pour rire,
    pendant qu'une porte claquait quelque part
    et que la scie pleurait,
    très loin de moi-même...

    Géraldine Andrée

  • Lettre à Dieu 12

    Je rêve que je revêts une robe d'or chaque matin,
    au-dessus de mes vêtements du jour,
    une robe qui attire les papillons de lumière et repousse les insectes noirs,
    une robe qui appelle le regard de la beauté et force les yeux de la laideur à se détourner ;
    puis, le soir, je l'enlève
    pour m'offrir, confiante, à mes rêves.

    Géraldine Andrée

  • Lettre à Dieu 11

    Apportez,
    s'il vous plaît,
    au chevet
    de Géraldine

    un petit jardin
    de fleurs blanches,
    de feuilles tendres,
    d'herbes fines

    et de frais
    silences
    qui chantent
    et conversent

    dans un reflet
    de soleil,
    puis approchez-le
    de ses lèvres,

    pour qu'elle quitte
    ce trop long rêve
    et revienne
    à la Vie !

    Géraldine Andrée

  • Lettre à Dieu 10

    Je suis triste, mon Dieu !
    Le bleu de mon dessin, en séchant, s'est gâché.
    Ce n'est plus le bleu rêvé mais du gris qui envahit la feuille, à présent...

    Pourquoi pleurer, mon enfant ?
    Tu as le choix entre d'autres bleus :
    Le bleu azuré d'un jour d'été dans sa rosée...
    Le bleu clair du rire de Louis qui monte le chemin en sautillant...
    Le bleu marine de ta mémoire quand tu fermes les yeux pour voir revivre l'enfant perdu...
    Le bleu scintillant de la faucille qui s'agrandit dans la grange afin que Roland revienne de sa longue nuit et détache du mur le manche...
    Le bleu vert des feuilles de jadis autour duquel le souffle du vent s'enroulait pendant sa course...
    Le bleu presque transparent du lac de ton souvenir où se mire encore la maison aimée...
    Et, tandis que tu pleures,
    tu oublies le bleu de cette heure,
    étoilé de notes d'oiseaux,
    que tu pourrais étendre sur le mauvais bleu...
    Comme il serait beau,
    comme il serait bleu,
    ce temps unique qui effacerait tous les autres bleus !
    Tu as toujours la liberté, ma fille,
    de choisir
    pour créer ton avenir
    un instant,
    parmi tous les instants
    de ta vie,
    et d'en faire
    un immense
    présent...

    Géraldine Andrée