• On voudrait se réveiller

    On voudrait se réveiller le lendemain qui suit la blessure, guéri.

    Mais il faut du temps, 

    du temps pour que la rose éclose de la plaie se confonde

    avec le jour d'or de la peau,

     

    l'éternel jour d'or qui demeure

    de jour comme de nuit.

    Il faut être patient

    et se dire

     

    que la douloureuse

    rose

    se referme

    toujours

     

    et qu'on se réveille, un matin,

    guéri,

    même si ce n'est pas encore

    Demain.

     

    Géraldine Andrée

  • Le temple est mort

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    - Le temple est mort !
     
    - Que dis-tu donc ?
    Les vieilles pierres
    sont éternelles !
    Les vieilles pierres
    sont immortelles !
    Depuis toujours,
    elles étincellent
    dans le jour !
     
    - Le temple est mort !
    Vois comme 
    les pierres,
    jadis sculptées
    par les mains
    des hommes,
    sont poussières
    devenues.
     
    Et les statues !
    Celles qui,
    de leur regard
    et de leur doigt levé,
    invitaient 
    nos yeux
    à aller plus loin 
    que notre hauteur !
     
    Les statues ne sont plus.
    Brisées, elles jonchent
    le sol
    et on retrouve parfois
    parmi les cailloux
    leurs éclats
    comme des étoiles
    déchues de l'univers.
     
    - C'est à nous
    de nous souvenir
    du Souvenir,
    de faire
    de notre mémoire,
    un temple du Temps,
    un temple de l'Histoire,
    un temple de ce Temple,
     
    replacer en nous
    chaque dieu disparu
    et donner à notre âme
    l'élan de ces colonnes
    dans le soleil ;
    que nos yeux n'oublient pas
    l'Essentiel :
    notre ciel intérieur.
     
    -Vois comme
    cette porte
    qui te menait autrefois
    jusqu'au choeur
    demeure béante,
    debout et seule,
    sans mur
    ni seuil.
     
    Son chambranle
    tremble
    au passage
    du souffle du vent.
    Elle bat tel un coeur
    privé de sang.
    Là où l'on déposait des fleurs,
    s'étend le désert.
     
    - Ce temple 
    est peut-être
    mort ;
    le temps 
    des temples
    sûrement n'est plus.
    Mais cette porte
    est ouverte !
     
    Vois comme,
    debout 
    par elle-même,
    elle te laisse voir
    pour toujours
    l'espace 
    immense
    que touche l'azur
     
    et ce ciel d'or
    qui nous restera
    fidèle
    au début
    de chaque jour,
    quoi qu'il arrive,
    quoi qu'il nous faille
    vivre.
     
    Ce temple
    où tant d'hommes
    se recueillaient
    il y a deux mille ans
    nous demande
    de recueillir
    chaque parcelle
    de lui
     
    et de l'accrocher,
    étoile nouvelle,
    à notre nuit
    afin qu'à notre manière,
    il survive
    et prolonge
    notre souvenir
    dans le Jour
     
    à venir.

    Géraldine Andrée
     
    Photographie 1 : La porte principale du temple du dieu Bel jusqu'à la porte de Damas.
    Photographie 2 : Vestiges des bains romains